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Le CEA les forme, les autres les embauchent : il est temps que ça cesse !

Vous la connaissez, cette scène. Un collègue passe la tête dans votre bureau, un peu gêné : « Je voulais te le dire avant les autres… je pars. » Il a reçu une offre ailleurs. Mieux payée, évidemment. Il aimait son métier, il aimait l’équipe. Mais il a une famille, un loyer, un prêt. Et au CEA, la valeur du point n’a pas bougé depuis 2010.

Cette scène, nous allons la vivre de plus en plus souvent. Le nucléaire, la défense, l’aéronautique, le spatial, l’électronique : tout notre secteur va recruter massivement dans les dix ans qui viennent. Et ce sont nos collègues qu’ils vont venir chercher. Pas dans l’abstrait : à côté de chez nous, dans chacun de nos bassins d’emploi.

Derrière les chiffres, des femmes et des hommes

On parle souvent de « ressources humaines », de « compétences rares », de « viviers ». Parlons plutôt de ce que vivent les salariés.

C’est la jeune technicienne qui a mis trois ans à maîtriser son poste, et qui découvre que le sous-traitant d’à côté lui propose davantage dès l’embauche. C’est l’ingénieur formé chez nous pendant dix ans, que trois recruteurs appellent chaque mois. C’est le doctorant brillant qui voudrait rester, mais à qui personne ne propose rien. C’est le collègue en CDD ou en intérim, parfait dans son poste, qui repart à la fin de sa mission sans que personne ne pense à le rappeler.

Et ce sont tous ceux qui restent, par attachement à la mission, et qui voient leur pouvoir d’achat fondre d’année en année : près d’un quart perdu depuis 2010. À Valduc, un salarié l’a dit simplement à la radio : « Les gens nous comparent à EDF, à Areva, Framatome et en fait, nos salaires sont complètement différents. »

L’attachement à la mission, c’est beau. Mais ça ne paie pas le loyer.

Autour de chacun de nos centres, quelqu’un nous attend au tournant

À Saclay et en Île-de-France, on travaille au milieu de 21 % de la recherche française. Nos collègues n’ont qu’à traverser la rue pour trouver mieux payé. Et avec le prix des loyers franciliens, un salaire gelé, ça se sent à chaque fin de mois.

Dans la vallée du Rhône et en Provence, autour de Cadarache et de Marcoule, c’est le cœur de la relance nucléaire. Orano annonce 1 000 postes cette année dans le Sud-Est et 10 000 embauches en dix ans. EDF, ITER et toute la sous-traitance cherchent les mêmes techniciens et les mêmes ingénieurs que nous. Et les sous-traitants où nous recrutions jusqu’ici vont garder leurs gens pour eux.

En Gironde, l’aéronautique et la défense visent 10 000 recrutements par an. Et demain, l’usine Tessalia et ses 800 emplois s’installent juste de l’autre côté de la clôture du Cesta.

À Grenoble, la microélectronique a levé le pied, mais ça ne durera pas. Au prochain redémarrage, nos spécialistes seront les premiers appelés.

En Bourgogne, la filière nucléaire doit trouver 12 000 personnes d’ici 2030. Pour un site isolé comme Valduc, chaque recrutement est déjà un combat.

En Touraine et dans le Lot, au Ripault et à Gramat, chaque départ fait un trou béant dans des équipes plus petites. Et Toulouse ou les centrales de la Loire ne sont jamais loin.

Et par-dessus tout ça, l’État lui-même lance un plan de 100 000 recrutements dans l’industrie de défense d’ici 2030. Techniciens en électricité et en électronique, usineurs, agents de maintenance : nos métiers, encore et toujours.

Assez de compliments, place aux actes !

On nous félicite. Les ministres viennent saluer nos « compétences uniques ». Et quand vient le moment de payer, les tutelles disent non. À Valduc, des salariés qui n’avaient « pas une culture de la grève » sont descendus dans la rue le 13 octobre, parce que « la coupe est pleine ». Ils ont raison.

La CFE-CGC SICTAM exige :

  1. Le dégel du point, maintenant. Un rebasage pour tous, avec un point à 7 €. Seize ans de gel, ça suffit.
  2. Des avancements qui tombent vraiment, aux taux prévus par les accords. Personne ne devrait attendre des années pour voir son travail reconnu.
  3. De la transparence dès l’embauche : qu’on dise clairement aux jeunes ce que sera leur carrière au CEA, plutôt que de les laisser découvrir la réalité sur leur fiche de paie.
  4. La reconnaissance de nos contraintes : isolement, sécurité, télétravail limité. Oui à la prime défense, non à une prime qui servirait d’excuse pour ne pas toucher à la grille.
  5. Recruter là où nous vivons : de l’alternance, des liens avec les universités, les IUT et les lycées de nos territoires, et un vrai coup de main pour s’installer.
  6. Ne plus laisser filer ceux qu’on a formés. Démissionnaires, anciens CDD, intérimaires, alternants, doctorants : aujourd’hui, ils partent et le CEA ne les rappelle jamais. Ailleurs, on sait les faire revenir. Nous voulons un vrai suivi RH, avec des personnes dédiées, pour garder le lien et leur proposer de revenir dès qu’un poste s’ouvre.